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 épisode 6 - Alexandre et Amine

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MessageSujet: épisode 6 - Alexandre et Amine   Sam 22 Nov - 22:43


(Karim amène son fils aîné, Amine, pour qu'Alexandre le conseille...)

…/…

Il se demandait encore comment il allait aborder le problème de ce garçon, lorsque la sonnette fut actionnée et il se rendit sur le seuil pour accueillir ses visiteurs.

- Bonjour, Alexandre, je te présente mon fils Amine.

- Bonjour, Amine, sois le bienvenu ; salut, Karim. Entrez donc, ajoute Alexandre en s’effaçant devant ses visiteurs.

- Salut Alexandre. Tu sais, moi je n’entre pas car j’ai à faire ailleurs, comme je te l’ai dit hier.

- Ok, Karim. Tu repasses tout à l’heure par ici ?

- En fait, non, pas aujourd’hui, je n’en aurai pas le temps. Mais si tu es libre demain, je passerai te voir l’après-midi. Amine trouvera bien le chemin pour rentrer, n’est-ce pas, fils ?

- Pas de problème, ‘Pa, à ce soir.

- A ce soir. Salut, Alexandre, comme on a dit ?

- Ok, Karim, à demain alors.

- C’est ça, à demain.

Karim s’en va en faisant un grand signe de la main, tandis qu’Alexandre invite Amine à entrer chez lui. Quelque peu intimidé, ce dernier regarde cependant autour de lui, semblant apprécier ce décor simple et de bon goût. Le feu ouvert crépite à nouveau, complice d’Alexandre, fascinant le jeune homme qui semble apprécier sa chaleur.

- Tu veux un coca, ou autre chose, Amine ?

- Un coca c’est très bien, merci monsieur...

- Et un coca, un !... Mais appelle-moi par mon prénom, Amine, je t’en prie : « monsieur » fait tellement vieux et pompeux... Est-ce que j’ai l’air si vieux ?

- Non, pas du tout, excusez-moi... fait Amine en rougissant.

- Pas de quoi, mon vieux. Voilà ton coca...

- Merci beaucoup, Alexandre. Mais dites-moi ; pourquoi mon père m’a-t-il conduit ici ?

- Il ne t’en a rien dit ?

- Pas vraiment, non, il m’a juste dit qu’il voulait me présenter un ami...

- Eh bien, mon cher Amine, je vais te le dire franchement : ton père a peur que tu touches à la drogue. Et comme nous sommes amis, effectivement, il a pensé que, peut-être, il te serait plus facile de parler avec quelqu’un d’autre qu’avec lui, si du moins tu as besoin de parler à quelqu’un ! Je ne suis pas là pour te forcer, rassures-toi...

- Ah bon, c’est ça, fait le garçon, visiblement soulagé. Mais, vous savez, je n’ai jamais touché à la drogue, à part un joint ou deux, fumé avec des copains...

- Ce n’est pas bien grave, en effet, mais je ne suis pas là pour te juger, crois-moi. Si je pouvais seulement te conseiller, dans un domaine où un autre, par amitié pour ton père, cela me ferait plaisir, vois-tu ?

- C’est très gentil à vous...

- Eh bien, sois gentil aussi, et dis-moi « tu », car depuis tout à l’heure j’ai l’impression d’avoir pris dix ans de plus avec ton vouvoiement ! rit Alexandre.

- Excusez-moi... ou plutôt, excuse-moi Alexandre ! rit maintenant aussi Amine, plus décontracté.

Alexandre interroge maintenant Amine sur ses goûts, sur son école et son parcours scolaire. Petit à petit, il met l’adolescent en confiance.



Amine est grand et mince, cheveux châtains bouclés et teint mat, légèrement basané comme peuvent l’être les jeunes d’origine maghrébine, même s’ils sont nés à Bruxelles. Sa bouche est charnue, bien dessinée, de même que son nez est droit et racé. Un beau garçon de tout juste dix-huit ans, dont le regard rendu très doux par ses yeux noisettes, vont avec la voix qui est agréable et bien modulée, coulant comme du miel , à l’image des petits gâteaux méditerranéens.

- Ainsi, tu suivais un enseignement technique ?

- Oui, à Saint-Joseph à Etterbeek, mais je n’aimais pas très fort. Maintenant, je suis inscrit à l’Institut Saint-Luc en dessin, cela me plaît beaucoup plus.

- Et tu comptes faire quoi en dessin ? L’artistique ou l’architecture ? Il y a les deux à Saint-Luc, non ?

- Oui, je ne sais pas encore vraiment, le dessin en général m’intéresse... En fait, j’aime beaucoup les bandes dessinées, mais il y a beaucoup d’appelés...

- ...et peu d’élus ! achève Alexandre. C’est bien connu, en effet ! Mais cela n’empêches pas d’essayer, non ?

- Non, bien sûr, et si cela ne marche pas en direct, je peux toujours me tourner vers la publicité, aussi paraît-il.*- Mais c’est bien tout cela, dis donc, c’est du concret. Et tu parles de tout cela avec tes parents ?

- Oui et non. Ma mère ne s’intéresse pas de près à ce que je peux faire, elle a décidé une fois pour toutes que le dessin c’est pour s’amuser ! On ne gagne pas sa vie avec ça !

- Et ton père ?

- Oh, mon père est plus d’accord, bien qu’il rêvait pour moi des études universitaires, je crois, mais il semble satisfait de mon choix à condition que je travaille.

- Et c’est ce que tu fait, bien sûr ?

- Mais oui, j’essaie tout au moins.



…/… (Amine fait ici connaissance des voisins d'Alexandre, Ange, le peintre et Antoine, le pianiste, puis...)

Après quelques minutes de rangement du reste du repas, ils s’asseyent à nouveau au salon où le feu a été entretenu de loin en loin par un Alexandre bien au fait de son rôle d’hôte.

- Alexandre, je peux te poser une question indiscrète ?

- Poses donc, fiston, poses.

- Es-tu vraiment ‘pédé’ comme je crois que tu l’as dit tout à l’heure ? Fit-il rougissant.

- Ah, c’est donc ça ! Cela t’intrigues à présent, hein, avoue-le coquin ! plaisante Alexandre en ébouriffant les cheveux d’Amine.

- C'est vrai, oui... balbutie le coquin en question.

- Je vais donc te répondre : oui, c'est vrai !

- Ah... Et tu dis cela comme ça, si facilement ?

- Oui, tu vois !... Et toi ?

- Quoi, moi ?

- Eh bien oui, toi ! Où en es-tu de ce côté là ? Te sens-tu « pédé », comme tu dis, ou hétéro ?

- Bèèh, à vrai dire... Oh, tu ne diras rien à mon père, hein ?

- Mais non, petit frère, je suis aussi passé par ce genre d'angoisses, crois-moi. En fait, tu te sens plutôt pédé, mais sans oser vraiment te l'avouer à toi-même, et surtout pas aux autres, c'est çà ?

- C'est vraiment çà, oui ! Je n'aurais pas pu mieux le dire...

- Eh bien, mon vieux, il suffit de le dire tout simplement dans ce cas !

- Mais... Le problème est que... je ne suis pas vraiment sûr de l'avoir moi-même accepté ! C'est vrai, c'est dégueulasse, pourquoi ça m'arrive à moi, cette attirance pas normale, et pas à mon frère par exemple ?

- Tu lui en a déjà parlé ?

- Oh non, c'est pas la peine ! Il est toujours après les filles ! Chez lui, c'est net...

- Et tu en est un peu jaloux, non ?

- Peut-être, je ne sais pas... Je n'ai jamais pensé à cela... Mais je suis sûr qu'il ne comprendrait pas. Et puis, il est trop jeune !

- Tu es jeune aussi, non ? Et tes parents ?

- Ah, là, surtout pas ! J'aurais trop honte !...

- Mais Amine, pourquoi ? Ils t'aiment, eux, et ils peuvent te comprendre, non ?

- Non, je ne crois pas... Si, ils m'aiment, bien sûr ! Mais comprendre, non, je ne sais pas... Je ne veux pas prendre de risque...

- Amine, de quel risque parles-tu ? S'ils t'aiment, ils souffriront peut-être de la difficulté à vivre que cela risque d'être pour toi, mais ils ne t'en aimeront pas moins.

- Tu le crois vraiment ?

- J'en suis sûr en tous cas pour ton père. J'avoue que, ne connaissant pas ta mère, je ne puis en juger dans son cas...

- Oh, je crois qu'elle ne pourrait pas accepter ! Et tu m'étonnes en pensant que mon père...

- Ah, mais de lui, je suis sûr, nous en avons parlé, lui et moi ?

- Quoi ? Vous avez parlé de moi ? Il me croit pédé ?

- Mais, Amine, ne t'alarmes pas ! D'abord, nous avons parlé en général, et je trouve qu'il est très ouvert...

- Bien sûr, c'est son métier qui veut ça ! Il t'a dit que, normalement, il était Assistant Social ?

- Oui, oui, je sais. Mais justement, je crois que sa formation lui a donné une vue de l'esprit beaucoup plus large que beaucoup d'autres, et c'est ce qui me fait dire qu'il est tout à fait capable de te comprendre et de t'aider à accepter ce qui t'arrive. De plus, dans le bar où il a choisi de travailler, il en voit de toutes les sortes, non ?

- Lui, peut-être, en effet... rêve à présent Amine les yeux dans le vague. Mais maman, sûrement pas. Jamais elle ne va accepter que son fils préfère les garçons aux filles, tu te rends compte ?

- Mais oui, je me rends compte, répond Alexandre dans un rire franc et communicatif. Tu sais, Amine, je suis passé par là et ma mère à moi ne l'a toujours pas vraiment accepté non plus je crois... Mais elle m'aime malgré cela, même s'il lui a fallut du temps quand elle a su ce qu'il en était pour moi. J'ai du lui expliquer qu'il ne s'agissait pas de « vice » recherché pour lui-même, mais bien d'un état de fait qu'il fallait ou non accepter. On naît « pédé » ou pas, c'est aussi simple que cela !

- Mais, même si j'arrivais à lui en parler, je crois qu'elle est trop sensible pour supporter une chose pareille arrivant à un de ses fils. Elle en mourrait de chagrin, je crois bien !

- Amine, ne crois pas cela. Les mères sont capables de beaucoup de choses pour défendre leurs petits ! Même d'accepter qu'ils soient handicapés...

- Mais ce n'est pas la même chose !

- Ah non ? Et en quoi est-ce différent s'il-te-plaît ?

- Mais un handicap physique, c'est autre chose : un aveugle ou un boiteux est bien obligé d'accepter ce qui lui arrive et de « faire avec »...

- Ok, et toi ? N'es-tu pas aussi obligé de « faire avec », comme tu dis ?

- Mais chez moi, cela ne se vois pas comme le nez au milieu de la figure, tout de même ! Je ne suis pas un « handicapé » !

- C'est vrai, chez toi, cela ne se voit pas... C'est peut-être d'autant plus difficile à vivre, justement, d'être « handicapé » sans que cela se voie, car tu dois toujours te cacher derrière les gestes et sentiments que les gens te « supposent » si tu veux que cela reste ignoré. Par contre, si tu acceptes de vivre avec ce « handicap » qu'est l'homosexualité, et que tu ne t'en caches plus, ce sera sûrement plus difficile à vivre, au début, mais tu auras une vie plus vraie, plus en accord avec ton « moi » profond et cela, je suis certain que ton père peut le comprendre. Ta mère, avec son aide, pourra le comprendre aussi, avec un certain retard sans doute, car il faut « accepter » ce qui t'arrives, mon cher Amine.

L'adolescent est visiblement ébranlé par ce que lui dit, en toute sincérité, il n'en doute pas, Alexandre qu'il regarde quelque peu ébahi. En fait, jusqu'ici, jamais personne ne lui avait parlé aussi clairement, aussi concrètement de son « problème »...

Le fait de le voir comme un handicap, après tout, n'est peut-être pas si idiot... Quelle bénédiction d'être tombé sur cet Alexandre qui le comprend si bien et qui a l'air d'avoir vécu toutes ces choses avant lui.

- Merci, Alexandre, de tout ce que tu m'as dit aujourd'hui. Je crois que je vais vraiment y réfléchir. J'essayerai peut-être ensuite d'en parler à mes parents...

- Je crois que tu as intérêt à essayer, petit frère, si tu veux arriver à être compris de ton entourage. Ce sera plus facile à vivre si tu n'es plus seul à porter ces choses, même si, en même temps, tu devras être patient au début, car l'idée de ce qui t'arrives peut très bien être refusée comme une abomination par ceux à qui tu la confie. Fais gaffe aussi de ne pas être très bien compris par les gars de ton âge, tes condisciples, ce sera là le plus dur, certainement...

- Oh, je vois cela d'ici : on va me traiter de « pédé » et de tas d'autres choses pas très agréables, j'en suis bien conscient ! Aussi, je ne vais pas me précipiter pour en parler à tout le monde !

- C'est vrai, Amine, mais cela arrivera tôt ou tard, crois-moi. Le mieux est d'en parler dès que tu t'en sentiras la force afin de vivre en accord avec ce que tu ressens à l'intérieur de toi-même. Si tu es « gay », inutile de penser que cela puisse changer un jour pour devenir autrement : des tas de gens y ont pensé et ont essayé, et tous se sont cassé la gueule au bout, d'une manière ou d'une autre.

- Tu crois ?

- J'en suis sûr ! Je te parle d’expérience, n’oublie pas...

- Merci de ta franchise, Alexandre. Jamais je n'avais pu parler de tout cela de cette façon avec quelqu'un...

- Tu es le bienvenu dans cette maison quand tu veux, Amine. Tu viens chaque fois que tu en éprouveras le besoin, même si je ne suis pas là : mes voisins t'ouvriront bien la porte.

- Merci. C'est très chouette, ici... Tu as remarqué qu'on pourrait faire le « Club des 4 A » tes voisins et nous deux ?

- Comment ça ?

- Et bien oui : Alexandre, Antoine, Ange et Amine ! Quatre prénoms qui commencent tous par la lettre « A » ! s'amuse Amine redevenu un enfant.

- C'est ma foi vrai ! s'enthousiasme à son tour Alexandre. Il faudra leur faire remarquer cela ; ce sera l'occasion de faire une autre petite fête : la fête du « Club des 4 A » !

- C'est génial ! Mais dis-moi, Alexandre, les deux autres, ils sont aussi pédés ?

- Mais je n'en sais rien ! déclare Alexandre en éclatant de rire cette fois. Tu ne dois pas voir des pédés partout à présent, même ici ! Je t'avoue que nous n'avons encore jamais abordé ce sujet, mes voisins et moi. En tous cas, beaucoup de filles débarquent chez Ange, de cela je suis sûr. Je ne le vois pas vraiment pédé, à moins d’une façade. Antoine est plus seul, je ne sais pas... Pourquoi demandes-tu cela ?

- Pour savoir comment je dois être avec eux...

- Je t'en prie, Amine, sois toi-même ! Tu y a tout intérêt. Essaye et tu verras ce que cela donne... Tu as bien vu qu'Antoine m'a appelé « ma biche » tout à l'heure, et pourtant, nous n'avons jamais abordé le sujet jusqu'ici. Sans doute aura-t-il jugé sur mes fréquentations... Mais tu vois bien que cela ne fait pas problème entre nous : nous sommes bons voisins et nous nous fréquentons sans histoires; il faut dire que le milieu artistique favorise souvent cet état de choses...

- Il y a beaucoup d'artistes qui sont pédés ?

- Mais je crois, oui, sans pour autant en faire une généralité !

- Cela me mets déjà un peu plus à l'aise...

- J'espère en tous cas que cette après-midi t'aura ouvert quelque peu l'horizon...

- Oh, beaucoup même ! Et je t'en remercie infiniment, Alexandre. Si tu veux bien, nous resterons toujours amis.

- J'adore ton enthousiasme, petit frère, rit Alexandre. Mais bien sûr, ton amitié me sera également précieuse. Considère que tu es ici chez toi, et viens-y autant que tu veux !

- Merci, Alexandre. A présent, je vais rentrer pour que mes parents ne s'inquiètent pas. Ils n'ont pas l'habitude de me voir rentrer tard.

.../...
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