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 épisode 4 - Alexandre raconte à Karim

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MessageSujet: épisode 4 - Alexandre raconte à Karim   Sam 22 Nov - 22:35


…/… ( Alexandre et Karim bavardent : )

« Mais, dis-moi, comment es-tu arrivé au « Juste comme çà » ?

- Oh, c’est une longue histoire, Alexandre. Pour faire court, disons que mon fils y traînait les pieds, et que j’ai voulu savoir de quel genre de « boîte » il s’agissait. Par ailleurs, je cherchais du travail, et Tony, le patron m’a proposé une place vacante. Voilà !

- Chouette, Tony… Mais « ton fils » ? Quel fils ? Tu ne vas pas me dire que tu as déjà un fils en âge d’aller en boîte ?

- C’est aussi mon avis, figures-toi, quant à l’âge d’aller en boîte, comme tu dis, rit Karim. Mon fils aîné, Amine, n’a que seize ans, en effet, mais cela ne l’empêche pas d’avoir envie de tout connaître, comme les jeunes de son âge. Et je t’avoue que j’ai très peur de la drogue dans ce quartier...

- Il y a une raison particulière à ta peur ?

- Disons que je l’ai déjà surpris à fumer un « joint » avec des copains; de là à aller plus loin...

- Bah, tout le monde a déjà fumé un joint, cela ne veut pas dire qu’il va se « shooter », non ?

- Tu sais bien que le danger existe, une fois que l’on goûte à ces trucs là !

- C’est vrai, sans doute, mais il ne faut pas dramatiser. En bref, tu surveillais ton fils de peur de la came, et tu as constaté qu’il était pédé ?

- Tu vas un peu vite, rit à présent Karim, mais c’est à peu près cela. Comme nous n’habitons pas loin d’ici, et qu’il traînait toujours dans ce quartier, cherchant un job m’a-t-il dit, il est entré au « Juste comme çà » pour voir...

- Mon oeil !... Et tu l’a cru ?

- Oui et non, je t’avoue que je n’en sais toujours rien. En fait, je m’en fous un peu... sauf si cela devait le rendre malheureux. S’il est pédé, c’est peut-être dommage pour lui, parce que ce sera plus difficile à vivre, mais je n’en ferai pas une maladie, car ce n’en est pas une ! De toutes façons, je préfère cela à la drogue !...

- Bravo ! Beh, mon vieux !... Quelle largesse d’esprit ! Il faudrait que tous les pères de pédés t’entendent ! Mais ton fils, qu’est-ce qu’il te dit ?

- Il dit qu’il n’en sait rien... Qu’il ne s’est jamais posé la question, mais que les nanas ne l’intéressent en effet pas beaucoup...

- Cela non plus ne veut rien dire... Mais peut-être n’a-t-il tout simplement pas envie d’en parler avec son père ! Veux-tu que je lui parle ? En pédés, j’en connais un bout tu sais... rit Alexandre.

- Pourquoi pas ? Si tu l’amènes ici, il s’y sentira sûrement bien ; c’est son style un petit coin douillet comme celui-ci, je crois. Son frère Mourad, quatorze ans, n’est pas du tout pareil et ma fille Myriam, douze ans, doit plutôt garer ses copines !... Comme ça, tu connais toute la famille !... Mais c’est plutôt de toi que nous devions parler, non ?

- C’est vrai, que veux-tu savoir ?

- Tout ce que tu voudras bien me dire. Je voudrais que tu me parles comme à un ami, car en fait, c’est un peu ce que nous pourrions devenir, non ?

- Comme homme marié, je suppose que tu entends « ami » au sens premier du terme, et pas comme les homos l’entendent, pas vrai ?

- Evidemment ! Bien que je n’ai rien contre l’homosexualité, je te l’ai dit : pour moi, c’est un état dans lequel on « naît », du verbe « naître », et que l’on découvre un beau, ou un mauvais jour, mais que l’on ne choisit pas, sans doute, toujours de gaieté de coeur...

- Dieu, chapeau ! C’est bien la première fois que je rencontre quelqu’un d’aussi tolérant et ouvert que toi ! Je sens qu’effectivement ton amitié ne pourra me faire que du bien, et je t’offre la mienne en échange, si tu en veux, tope la !

Et les deux nouveaux amis déclarés se tapent dans la main joyeusement, puis se donnent spontanément l’accolade fraternelle. Alexandre propose ensuite à Karim un rafraîchissement ou un café avec des biscuits, ce que ce dernier préfère.

- Tu m’avais promis des crêpes, mais je peux me contenter de biscuits, charrie-t-il.

- Tu auras tes crêpes tout à l’heure, elles sont prêtes. Mais il est un peu tôt, non ?

- Bien sûr, je disais cela pour plaisanter, évidemment.

Installés maintenant à l’aise devant leur collation, l’ambiance permet tout doucement à Alexandre d’en venir à se confier à son nouvel ami.

Il parle de ses rêves de l’autre nuit. Ces rêves qui reviennent le torturer régulièrement depuis un certain temps. En fait, depuis qu’il se pose des questions ; depuis qu’il se remet lui-même en question :

- Tu comprends, Karim, j’ai vécu tant de choses, tant d’expériences différentes dans ma vie, que je suis un peu déboussolé à présent. Je ne saurai bientôt plus comment je m’appelle, comme disent certains, je t’assure.

- Mais je te crois, Alexandre, bien que tu n’aies pas l’air bien vieux... Racontes-moi comment tout cela a commencé et depuis quand.

- Ma foi, depuis toujours, il me semble... En tous cas presque aussi loin que je me rappelle, le sexe fait partie de ma vie !

- Mais c’est à peine croyable !

- Je t’assures. Mon père est mort dans un accident de voiture lorsque j’avais à peine cinq ans; aussi, je ne me souviens que peu de lui. Ma mère s’est remariée trois ans après, et c’est là que tout a commencé...

- Tu ne vas tout de même pas me dire que ton beau-père... ?

- Eh bien si, mon vieux, il était pédophile ! Je suis malheureusement bien placé pour le savoir...

…/…

Alexandre raconte à Karim comment sa mère, Hélène, après deux ans d’un veuvage douloureux, s’était laissée séduire par un jeune interne en médecine de vingt-trois ans qui faisait un stage dans l’hôpital où elle était infirmière. Malgré qu’elle ai cinq ans de plus que lui, un an après ils étaient mariés...

Déjà durant ces courtes fiançailles, Amos avait tout fait pour séduire autant son futur beau-fils que la mère, charmée de voir que son petit garçon s’entende aussi bien avec ce beau grand gaillard qui la courtisait.

- J’avoue qu’il était adorable avec moi, et je l’ai tout de suite beaucoup aimé. Il faisait tout pour me faire plaisir et me noyait de cadeaux. Maman était aux anges et je crois bien que cette manière de faire l’a autant séduite que la cour assidue qu’Amos lui faisait à l’hôpital.

- Mais comment est-il possible qu’il ait pu abuser de toi sans que ta mère se doute de rien ?

- Oh, mais c’est bien simple : ma mère en était folle, et moi, il m’a « éduqué » sexuellement, petit à petit...

…/…

- Ton récit est tout simplement révoltant !

Karim s’est levé en proie à une vive émotion, une sorte de rage qui le fait marcher de long en large devant le feu ouvert.

Imperturbable, Alexandre s’est saisi d’une bûche qu’il envoie d’un geste précis au sommet du tas de braises qui s’est formé dans la cheminée durant le temps de son récit.

- Peut-être, mon cher Karim, j’en suis conscient à présent. A cette époque, je ne voyais pas le mal dans tout cela.

- Mais, mon pauvre ami, c’est tout simplement crapuleux cette histoire ! Cet homme mériterait cent fois la prison !

- Sans doute... Pourtant, je crois que je lui ai pardonné depuis.

- Eh bien mon vieux, je ne sais pas comment tu fais ! L’esprit chrétien, sans doute ? fait Karim avec un petit ton sarcastique et moqueur.

- Karim, mon ami, remets-toi. C’est là une vieille histoire à présent. Je te remercie de la prendre tellement à coeur, mais c’est tout de même une vieille histoire et, bien que tu aies envie d’en rire peut-être, c’est en effet « l’esprit chrétien », comme tu dis, qui m’a permit au début le pardon; aujourd’hui je le revoie absolument sans problème, mais c’est là une autre affaire...

…/…

Tel-Aviv (Colline du Printemps), capitale du Sionisme, aéroport international Ben-Gourion.

Alexandre et David, les yeux éblouis par l’éclatante lumière d’Israël, débarquent de l’avion de la compagnie « El Al » qui vient d’atterrir sur le tarmac...

Durant tout le trajet, Alexandre s’est demandé comment Amos allait l’accueillir : en ennemi ? en traître ? en parjure ? Il faut bien dire qu’il l’avait pour ainsi dire chassé de sa vie et de celle des siens depuis trois ans... Cette deuxième « manche » que le destin offrait à Amos allait-elle être différente de la première ou identique ? Alexandre serait assurément très vite fixé par l’accueil qu’Amos leur réserverait...

David, lui, était heureux : il allait revoir ce papa dont maman lui parlait souvent en termes gentils, même s’il l’avait quittée. Ce papa qui avait, parait-il, préféré une autre femme et un autre pays à la famille qu’il avait à Bruxelles, mais qu’il connaissait mal, ayant eu le temps de l’oublier un peu. Même s’il en voulait à son père de cette « défection », ces retrouvailles étaient pour lui une telle fête que ni sa mère, ni même Alexandre, n’auraient pu l’empêcher de répondre à l’invitation de son père, tout jeune qu’il était ! Le voilà donc à pied d’oeuvre. Où est son père ? Alexandre l’aperçoit-il ?

- Ne t’inquiètes pas, frérot, il est là ! Juste près d’une dame à chapeau rouge, tu vois ? Le grand monsieur blond aux yeux bleus et à cheveux bouclés comme toi ! C’est lui...

- Ah, oui ! Je le vois. Mais il n’est pas aussi grand que dans mon souvenir ?

- C’est normal, rit Alexandre, tu étais trop petit pour bien te souvenir de ces détails, mais c’est bien lui, tu peux me croire. D’ailleurs, tu es son portrait craché...

Et Alexandre fixe cet homme dont pas un trait ne lui est inconnu. Il n’aurait pu oublier, lui, cet homme qui avait été son dieu d’abord pour devenir ensuite un objet de répulsion et de haine. De haine, vraiment ? Peut-être pas...

.../...
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