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 Il suffirait de presque rien 2

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microbius2
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MessageSujet: Il suffirait de presque rien 2   Sam 20 Juin - 4:37

     Il suffirait de presque rien ( 2 )                  


                         Tout ne s’est pas réglé en sortant du restaurant ‘’Chez Jo’’. Il y a un petit démon qui s’est accroché à moi.  Il est dans ma tête et il me harcèle constamment.  ‘’Imagine un peu, dit-il, te réveiller un matin avec lui dans tes bras.’’ Et il m’impose des images qui me donnent des frissons. Il me répète qu’on a l’âge de son cœur et d’autres conneries du genre. Il me picote sans arrêt.  J’essaie de l’ignorer mais il en rajoute. Il redouble d’efforts pour me convaincre de retourner Chez Jo. Aussi j’en suis venu à lui répondre à ce petit emmerdeur. Ça frôle l’ obsession…
--- Laisse-moi un peu tranquille, veux-tu? Tu déconnes avec tes arguments. Tu sais bien que je n’ai rien à lui offrir? Même s’il arrivait qu’il tombe dans mes bras, on ferait quoi entre nos scènes d’amour? Comment je ferais pour garder son intérêt, hein? On jouerait à compter mes nouvelles rides ? À chercher les cheveux que j’ai perdu hier ? Tu vois bien que c’est un amour impossible.

                        Comment j’en suis arrivé là? Il n’a fallu qu’un seul regard pour exposer la futilité de ma vie. C’est vrai que rien ne va plus. Le paysage de mon existence m’apparaît de plus en plus aride, un désert à perte de vue, jonché des vestiges de mes amours passés, enlisés à tout jamais dans le sable du temps. Je gaspille mes nuits. Je traîne ma carcasse au long de mes jours comme un prisonnier un boulet. C’est pourquoi je me suis laissé convaincre à la fin ! J’ai décidé de retourner ‘’chez Jo’’. Je me suis dit qu’il me fallait un électrochoc pour reformater le disque dur de ma vie! Mais je compte le faire avec lucidité; je dirais même avec dignité. S’il arrive que je le vois, pas question de le regarder comme un ivrogne qui visite une cave à vin. Il me reste un peu d’amour propre, quand même. Je vais sonder le terrain, c’est tout. Il ne faut pas me créer de chimère, inventer ce qui n’existe pas.  Il y a loin de la coupe aux lèvres! Je vais m’asseoir à une table à l’écart, le dos contre la cuisine. De cette manière je n’aurai pas l’air de mendier un regard ou un sourire. Je vais laisser travailler le hasard.

                        C’est dans cet état d’esprit que j’ai franchi à nouveau la porte du restaurant ‘’Chez Jo’’, trois semaines plus tard, bien résolu à suivre mon plan d’action.  Je portais des vêtements à la mode, un jean Point Zero, des espadrilles Rebock, et mon beau t-shirt noir que je venais de payer 49 dollars ( plus taxes) avec un motif de Pink Floyd imprimé sur le devant. Je me trouvais assez beau, sans tomber pour autant dans le tape-à-l’œil. Le resto était noir de monde. Une musique Country se mêlait au bruit des ustensiles et des conversations. Un éclat de rire explosait par ci par là. Ça grouillait dans la place!  La seule table disponible se trouvait presque au fond dans la section la plus éloignée de la cuisine. Ça faisait mon affaire, je comptais m’asseoir dans ce coin-là. Un gros barbu, genre motard, accompagné de sa grimée venait juste de s’asseoir dans la table suivante, la dernière table du coin.  
               
                        La surface du restaurant était divisée en deux sections séparées par une partition en trémies ornées de plantes diverses et de bibelots. De l’endroit où je me trouvais on ne voyait pas grand chose de la cuisine. Peu importe, je m’assied et attendit patiemment qu’on vienne me servir. Bientôt un jeune serveur passa à côté de ma table et se rendit à la table du barbu qui était arrivé avant moi. Je le reconnus aussitôt. C’était mon ange!!! J’ai secoué un frisson de panique. Ça changeait la donne évidemment. Je ne m’attendais pas à le voir servir aux tables. La tête baissée, je le regardai du coin de l’œil. Qu’il était beau dans son costume de serveur, sa chemise bleu pâle et ses pantalons blancs. Sur son écusson on pouvait lire’’ Samuel’’. J’aurais pu m’évanouir quand il se tourna vers moi, ses yeux d’ébène déclenchant des convulsions dans mon cerveau. Je le bombardai de sourires gauches et maladroits.  Samuel me regardait un peu perplexe.
--- Vous êtes prêt à commander, Monsieur?
                       
                         Après son départ, j’aurais pu me frapper à coups de crosse de fusil. Je venais de gaspiller ma seule chance de marquer des points. Le dicton dit quoi, déjà? ‘’On a jamais une deuxième chance de faire une première impression.’’ Eh bien, oubliez la deuxième chance dans mon cas…parce que les choses ont dégénéré par la suite. J’ai fait une belle boulette. Franchement, si on faisait des olympiques de crétinisme, je bats tous les records. Le malheureux incident s’est produit quinze minutes plus tard quand j’ai voulu me rendre à la salle des toilettes. J’étais distrait, j’imagine ! Je n’ai pas remarqué que Samuel avançait dans l’allée les bras chargé d’un cabaret plein de victuailles pour la table du barbu. Par la pire des malchances, j’ai allongé une jambe en pivotant sur ma chaise au moment même où Samuel passait à côté de ma table? Ce qui devait arriver… arriva. Le pauvre Samuel a bien tenté de rester debout mais le croc-en-jambe ne lui donna aucune chance. Il fit une enjambée vers l’avant en soulevant le cabaret haut dans les airs comme un réflexe. De ma position, j’ai vu  le drame se dérouler en trois étapes comme dans un cauchemar au ralenti…1. le cabaret qui volait dans les airs…2. Samuel qui s’affaissait en roulant sur le plancher…3. le barbu qui se tournait au moment où le cabaret lui rebondissait sur le crâne.  Je me suis senti tellement coupable!  Et quand Samuel m’a regardé avec des yeux mouillés comme s’il me demandait : ‘’ Pourquoi tu as fait ça. ‘’,  j’ai senti comme un couteau me rentrer dans le cœur. J’ai pensé que rien de pire ne pouvait arriver. Mais là encore j’avais tort…
                     
                        Le gros barbu se lève en colère en nettoyant le spaghetti sur son épaule avec l’air de se demander si le ciel vient de lui tomber sur la tête. Il comprend vite ce qui se passe. Samuel se relève lentement.
--- T’es pas capable de faire attention, toé*, niaiseux.
---C’est pas de sa faute, c’est moi qui l’ai enfargé. Sans faire exprès.
                        Je regarde Samuel en disant ça, comme s’il existait la moindre chance de me faire pardonner. En même temps, je m’approche pour l’aider à se relever mais le barbu m’apostrophe :
--- Aïe, toé, la tapette, mêle toé donc de tes affaires.
                        Pourquoi il m’appelle ‘’la tapette’’ ce gros paquet de marde là?
--- Va donc chier, toé, maudit gros sale--- que je lui réponds.
                       
                        C’est là que j’ai manqué de vigilance,  j’aurais dû voir son poing qui s’approchait comme un missile. Sur le coup j’ai pensé avoir été frappé par un autobus.  Par chance, à la dernière seconde, j’ai baissé la tête de sorte que l’impact s’est produit au niveau de mon front. J’ai vu des étoiles de toutes les couleurs. Je me suis retrouvé sur le plancher à travers les chaises renversées, abasourdi mais encore vivant.  J’ai passé ma main à l’endroit ou le barbu m’avait frappé. Il y avait du sang sur ma main et du sang aussi sur mon beau t-shirt de 49 dollars ( plus taxe). Là, c’en était trop! J’ai enligné le gros barbu du coin de l’œil et j’ai foncé dessus. Je ne suis pas expert en Karaté mais je sais où se situent les couilles. Et j’ai bien visé. Je pense qu’il ne s’attendait pas à me voir rebondir, le gros cochon.
                       
                        Maintenant tout le monde est debout dans le restaurant. Le diable est aux vaches* ! Certains curieux s’approchent pour suivre le déroulement de l’action. La bagarre est pognée et le gros barbu qui a récupéré se lance sur moi comme un 18-roues. J’avoue que je sens poindre ma dernière heure. Je ne fais pas le poids. Pourtant j’esquive le pire du contact en pivotant sur moi-même comme un toréador qui pare le taureau. Ma foi, je me défends bien! Je ne me pensais pas aussi rapide.  Merci à l’adrénaline et surtout à l’instinct de survie. Mais soyons franc, je suis heureux quand les secours arrivent enfin pour nous séparer.  
                       
                        Tout s’est réglé à l’amiable. Personne n’a voulu déposer de plainte. Le gros barbu n’était pas un méchant bonhomme. On a même rigolé après coup. On aurait dit de vieux copains. Allez-y donc comprendre quelque chose….
                       
                        En bout de ligne, je me suis retrouvé avec un œil au beurre noir et quelques ecchymoses mais quand même assez satisfait de ma performance.  Quant à Samuel… j’avais fait une croix dessus. Et on dit que le hasard fait bien les choses. Mon œil!!!                  
                   …………………………………………………………………………………………………
                           
        Toé : toi  en québécois
        Le diable est aux vaches : c’est la cohue, le désordre

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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien 2   Sam 30 Jan - 12:49


Quelle belle histoire !
Mais j'ai vu qu'il y a une suite ?
J'y cours...

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MessageSujet: Il suffirait de presque rien 2   Sam 30 Jan - 12:51

Hi hi hi, j'ai adoré "le diable est au vaches", lol ! Trop drôle !
Ce qui l'est moins... c'est que ton ange de Samuel te semble bien, perdu ?!
Allons, je suis sûr que si tu tentes un troisième épisode, il se souviendra de toi et de ta défense pour ses beaux yeux, non ?
Fais-y donc un p'tit effort, toé ?!

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