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 "L'art français de la guerre" - Prix Goncourt 2011, de Alexis Jenni.

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Léopold42
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MessageSujet: "L'art français de la guerre" - Prix Goncourt 2011, de Alexis Jenni.   Jeu 10 Nov - 20:48

L'art français de la guerre
Prix Goncourt 2011 de Alexis Jenni.

La note:


« J'allais mal ; tout va mal ; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails.
Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue. »
Alexis Jenni.

« L'armée en France est un sujet qui fâche. On ne sait pas quoi penser de ces types, et surtout pas quoi en faire. L'armée en France est muette, elle obéit ostensiblement au chef des armées, ce civil élu qui n'y connaît rien, qui s'occupe de tout et la laisse faire ce qu'elle veut. Ces militaires on les préfère à l'écart, entre eux dans leurs bases fermées de la France du Sud, ou alors à parcourir le monde pour surveiller les miettes de l'Empire. On préfère qu'ils soient loin, qu'ils soient invisibles ; qu'ils ne nous concernent pas. On préfère qu'ils laissent aller leur violence ailleurs, dans ces territoires très éloignés peuplés de gens si peu semblables à nous que ce sont à peine des gens. »

Reliefs d'intelligence au présent

Le Goncourt 2011 est un roman de plus de six cents pages à la manière d’une Iliade française qui couvrirait une guerre qui occupe toute la vie d’un vétéran français. Après l’humiliation de 40, devenu héros du maquis, rôdé aux jeux militaires par les camps scouts, le héros, Salagnon, croyant poursuivre le noble combat pour la liberté sous l’étendard français, tombe dans le piège fétide du monde colonialiste et trempe irrémédiablement dans les comportements atroces communs à tous les opposants, dans la terrible guerre d’Indochine. Irrémédiablement marqué, il sera conduit à se livrer à de nouvelles atrocités pendant la guerre d’Algérie. La composition de cette trilogie ressemble un peu à celle de « Où j’ai laissé mon âme » de Ferrari, avec un souffle épique incontestable et un art de la description d’entomologiste qui rend les évocations presque cinématographiques. Le tout dans une économie de mots magnifiquement choisis et qui s’emboîtent avec une harmonie rare.
Ce roman fleuve, bourré de scènes captivantes tantôt émouvantes et héroïques, tantôt burlesques, tantôt sarcastiques et tantôt vibrantes d’amour n’en finit pas d’étonner, d’instruire et de faire réfléchir. Le style a de l’intensité poétique, c’est une véritable fabrique d’émotion. L’amour du verbe chez l’auteur est aussi fort que l’amour du pinceau et de l’encre de Chine chez le héros Salagnon. Nous sommes donc invités à un tango de la mort entre ces deux voix qui rêvent toutes deux de plus d’humanité. Certes Salagon a les mains couvertes de sang mais son pinceau de martre trace l’indicible, le vide et le silence où bat le cœur quelles que soient les circonstances. Apprendre son art à ce jeune désœuvré vivant de certificats médicaux qu’est le narrateur, sera sa rédemption.
Roman à thèse, il pose la question de la force du verbe, du pouvoir des mots, de la transformation des faits par leur énonciation. Il pose aussi la question de la militarisation du maintien de l’ordre dans un pays non en guerre mais où règnent des espaces de non-droit comme dans certaines banlieues. Ne referait-on pas ne plus petit les mêmes erreurs que dans les guerres coloniales? Les minorités sont elles considérées comme des citoyens à part entière ou comme des sujets? C’est là où l’histoire de la guerre devient actualité brûlante. Le français mis en échec et au Viet Nam et en Algérie va-t-il retomber dans les mêmes pièges ? Particulièrement les jugements à priori sur le physique vont-ils continuer à avoir la vie belle ? Les Français ne rêvent-ils pas tous d’une France identitaire sans mélanges de population, croyant ainsi résoudre les problèmes de société ? Voici un roman, riche, foisonnant, audacieux et qui remue un passé qui se taisait et pourrait faire naître des reliefs d’intelligence au présent.

Source : "Art et lettres" - http://artsrtlettres.ning.com/group/dismoicequetulis?commentId=3501272%3AComment%3A573100&xg_source=msg_com_group

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